Mon interview de Tómas Lemarquis

En janvier dernier, j’ai eu un coup de foudre pour le film Luftbusiness. Quand mon amie Virginie m’a proposé d’écrire un billet sur son blog à propos de ce film, j’ai lancé une idée comme ça: et pourquoi je ferais pas une interview d’un des comédiens? J’ai donc contacté Tómas Lemarquis, l’un des trois acteurs principaux du film, et il a eu la gentillesse de m’accorder une interview, que je publie ici aussi.

Merci Tómas!

1. Dis-nous d’abord qui tu es.

Je travaille comme acteur et comme artiste plasticien, c’est-à-dire que je fais des collages, des dessins et des installations. Je suis né et j’ai été élevé en Islande jusqu’à l’âge de 20 ans. J’ai fait mes études au cours Florent, puis je suis retourné en Islande, où j’ai étudié aux Beaux-Arts. Mon premier vrai rôle au cinéma a été celui de Nói dans Nói Albínói; c’est ce film qui m’a permis d’avoir un agent à Paris. J’ai ensuite travaillé un peu en France, j’ai joué dans un film de Richard Dembo qui s’appelle La maison de Nina, puis j’ai travaillé comme artiste et j’ai fait des expos. Ensuite, j’ai rencontré Dominique de Rivaz. Pour le rôle de Filou dans Luftbusiness, je suis allé m’installer à Berlin et j’ai appris l’allemand en neuf mois. Je ne parlais pas un mot d’allemand avant. Ce projet était une sorte de pari que nous avons fait elle et moi. Berlin m’a bien plu, donc je m’y suis installé; ça fait deux ans que j’y suis. Au mois de juin, j’ai fait une expo solo dans une galerie à Berlin. En septembre, je suis venu en Islande et j’ai joué dans une pièce de théâtre; je n’avais pas fait de théâtre depuis huit ans. J’ai enchaîné avec le quatrième long métrage du réalisateur Hilmar Oddsson, dans lequel je tiens le premier rôle. Le tournage s’est terminé il y a trois jours. J’ai joué dans un court métrage en France pour Canal +, qui s’appelle Ich Bombe. Au mois de mars, je vais participer à un court métrage en France; avec Clotilde Courau. Je fais aussi beaucoup de voyages. Cet été, je suis allé faire 280 km en kayak au Groenland, on était un groupe de cinq, on avait juste des GPS, des tentes et de la nourriture à sec. Je pense que je vais aller faire un grand voyage bientôt, mais rien n’est encore fixé.

2. Tu es islandais et français, mais tu joues en allemand dans Luftbusiness. Dis-nous ce que le fait de jouer dans une autre langue que ta langue maternelle, dans un film réalisé par quelqu’un d’une culture différente, t’a apporté.

Déjà, j’ai appris une nouvelle langue et j’habite maintenant à Berlin, ce qui a beaucoup changé le parcours de ma vie. C’est ça que je trouve intéressant : s‘impliquer à 2000 % dans ce qu’on fait et être prêt à vivre de grands changements. Comme Dominique de Rivaz vient de la de Suisse romande, on parlait toujours en français. Je me sentais plutôt proche d’elle d’un point de vue culturel. On s’est bien rejoints. Son monde imaginaire est un peu comme un conte, un monde un peu parallèle. Ce qui a beaucoup influencé Dominique, c’est qu’elle est une étrangère à Berlin. On avait ce point en commun : on était deux étrangers à Berlin.

3. Selon Dominique de Rivaz, tu t’es beaucoup investi dans le rôle de Filou. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette préparation?

Financièrement, c’est difficile de monter un film, et ça n’a pas été facile pour ce projet-là. J’ai pris le risque, j’y ai cru, je suis allé m’installer à Berlin, mais j’avais très peu de sous. Pendant ces neuf mois, j’ai vécu avec trois fois rien. Mais sans souffrir, au contraire. C’était une expérience intéressante. Je voulais savoir ce que c’était de vivre avec très peu de moyens, un jean, un pull, très simplement. Mon personnage vit à moitié dans la rue, ça aurait été contre le rôle de vivre dans le grand luxe.

4. Selon moi, la scène durant laquelle Filou joue de la guitare pour les morts est une des plus belles du film. Quelle signification cette scène a-t-elle pour toi, et comment interprètes-tu la fin du film?

La fin qu’on voit dans le film n’est pas celle qui était écrite dans le scénario. Souvent, les films changent beaucoup au montage. Je pense que le mieux c’est que la fin soit assez ouverte, pour laisser libre cours à l’interprétation. En quelque sorte, Filou retrouve son âme en jouant pour les morts.

5. Le cinéma islandais semble très productif et, d’après ce que j’ai pu comprendre, les Islandais aiment voir les films locaux. Comment expliques-tu cela?

En Islande, les gens vont beaucoup voir les films islandais. Ils essayent de soutenir leur cinéma. En Europe, c’est quand même les Français qui vont le plus voir leurs propres films.

6. Les films européens, dont les films suisses, passent-ils en Islande? Y a-t-il un intérêt de la part de la population islandaise pour les films provenant d’autres pays européens?

Non, pas assez, malheureusement. Il y a quelques festivals de temps en temps, mais pas beaucoup. Par contre, beaucoup de gens fréquentent les festivals. Le marché est petit, on n’est que 300 000 habitants.

7. Penses-tu que les films islandais peuvent être exportés ou sont-ils très liés à la culture islandaise?

Il y a de tout, ça dépend des films. Nói Albínói est un film assez international qui peut bien marcher partout, tout en étant spécifiquement islandais. Tout dépend du scénario et du réalisateur, il n’y a pas de règle.

~ by Stéphanie K. on March 14, 2009.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

 
%d bloggers like this: